Début novembre, retour de la pépinière. Dans le coffre, un jeune pommier aux racines nues, emballées dans un sac pour qu'elles ne sèchent pas. La bêche attend contre le mur du jardin, l'emplacement est à peu près choisi. Et puis les questions arrivent : quelle taille de trou ? À quelle hauteur placer ce petit bourrelet sur le tronc ? Le tuteur, on le plante avant ou après ?
Planter un arbre fruitier n'a rien de compliqué. Mais certains gestes ne se rattrapent pas une fois l'arbre en place. Dans cet article, vous allez voir quand planter, où, comment préparer le trou, placer la greffe, tuteurer, et quoi faire pendant les premiers mois pour que votre arbre reprenne bien.
Un fruitier se plante une fois pour toutes
Voici la règle qui guide tout le reste : la reprise d'un arbre fruitier se joue sur l'emplacement, le trou et la hauteur du point de greffe, bien plus que sur ce que l'on met dedans.
Un oubli d'arrosage ou un paillage un peu tardif se rattrapent. En revanche, un arbre planté dans un coin où l'eau stagne l'hiver, une greffe enterrée ou un pommier isolé sans partenaire pour le polliniser vous accompagneront pendant des années. Ces décisions se prennent avant même de sortir la bêche : prenez le temps de les poser.
Quand planter un arbre fruitier ?
Un fruitier se plante pendant son repos végétatif, entre la chute des feuilles et le gonflement des bourgeons. L'automne reste la meilleure période : la terre est encore tiède, l'humidité revient, et les racines ont tout l'hiver pour commencer à s'installer. Au printemps, l'arbre démarre ainsi sur des bases solides. Le dicton le résume bien : « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine. »
Deux conditions passent avant le calendrier : jamais dans une terre gelée, jamais dans une terre détrempée. Si la terre colle aux bottes et à la bêche, attendez quelques jours.
La forme sous laquelle vous achetez l'arbre compte aussi :
Les arbres à racines nues ne se plantent que pendant le repos végétatif, de l'automne à la fin de l'hiver, hors gel. C'est la saison où les pépinières les proposent.
Les arbres en conteneur laissent plus de souplesse, mais une plantation d'automne leur réussit aussi mieux qu'une plantation en pleine chaleur.
Dans les régions aux hivers rudes, comme l'Est de la France, les espèces frileuses telles que le pêcher ou l'abricotier peuvent aussi être plantées à la fin de l'hiver, une fois les fortes gelées passées. Pommiers, poiriers, pruniers et cerisiers, plus rustiques, profitent pleinement de la plantation d'automne.
Choisir l'emplacement et le bon arbre
Un arbre fruitier aime le soleil : c'est lui qui fait les fleurs, puis les fruits. Cherchez un endroit bien exposé, à l'abri des vents froids, et assez loin des grands arbres qui lui feraient de l'ombre et lui disputeraient l'eau.
Observez surtout la terre en hiver. Un coin où les flaques restent plusieurs jours après la pluie n'est pas fait pour un fruitier : ses racines supportent mal l'eau stagnante. Mieux vaut choisir un autre emplacement que de tenter de corriger un sol qui se gorge d'eau à chaque averse.
Porte-greffe et forme : la place dont l'arbre aura besoin
Presque tous les fruitiers vendus en pépinière sont greffés : une variété (celle qui donne les fruits) est installée sur un porte-greffe (celui qui fait les racines). C'est le porte-greffe qui décide en grande partie de la vigueur de l'arbre, donc de sa taille adulte. Un même pommier peut ainsi rester petit ou devenir un grand arbre de verger.
La forme achetée vous renseigne aussi : un scion (jeune tige d'un an), une demi-tige ou une haute-tige n'occuperont pas la même place. L'étiquette de la pépinière indique ces informations : lisez-la avant de choisir l'emplacement, et laissez à l'arbre la place qu'il aura une fois adulte, pas celle qu'il occupe aujourd'hui.
La pollinisation : un pommier seul donne parfois peu
Beaucoup de variétés de pommiers et de poiriers sont autostériles : leurs fleurs ont besoin du pollen d'une autre variété de la même espèce, qui fleurit en même temps et pousse à proximité. D'autres sont autofertiles et se suffisent à elles-mêmes. Avant d'acheter, demandez à votre pépinière si la variété choisie a besoin d'un partenaire, et lequel. Un arbre chez le voisin peut parfois faire l'affaire.
Racines nues, motte ou conteneur : ce qui change
Selon la façon dont l'arbre vous est vendu, la préparation n'est pas tout à fait la même.
| Racines nues | En motte | En conteneur | |
|---|---|---|---|
| Quand planter | Pendant le repos végétatif uniquement, hors gel | Pendant le repos végétatif, de préférence à l'automne | Une grande partie de l'année, hors gel et fortes chaleurs ; l'automne reste idéal |
| Avant de planter | Raccourcir les racines abîmées, praliner | Tremper la motte dans un seau d'eau | Tremper le pot, démêler les racines qui tournent en rond |
| Point de vigilance | Ne jamais laisser les racines sécher à l'air | Ne pas défaire la motte | Ne pas planter le chignon de racines tel quel |
Si vous ne pouvez pas planter un arbre à racines nues tout de suite, ne le laissez pas dans son sac au garage. Mettez-le en jauge : couchez-le dans une tranchée au jardin et recouvrez ses racines de terre, en attendant le bon jour.
Préparer le trou à l'avance
Si vous le pouvez, creusez le trou quelques jours avant la plantation. La terre a le temps de s'aérer et de se ressuyer, et le jour J, vous n'avez plus qu'à planter, sans laisser les racines à l'air pendant que vous creusez.
Le trou doit être large plutôt que profond : ce sont les racines latérales qui vont coloniser le sol. Mettez de côté la terre de surface, la plus vivante, et ameublissez le fond à la fourche-bêche sans le retourner. Dans une terre lourde, griffez aussi les parois : des parois lisses, tassées par la bêche, empêchent les racines de sortir et transforment le trou en pot où l'eau stagne.
Plantez ensuite le tuteur, avant l'arbre. Enfoncé dans un trou encore vide, il ne risque pas de blesser les racines. Placez-le du côté d'où viennent les vents dominants, pour que l'arbre ne soit pas plaqué contre lui à chaque coup de vent.
La terre de plantation
Pour reboucher, utilisez la terre de surface mise de côté, bien émiettée, et ajoutez-y du compost bien décomposé. Nous expliquons pourquoi cette matière organique compte autant dans notre article pour créer un sol vivant et fertile.
Un engrais de fond organique à action lente, comme la corne broyée, peut aussi être mélangé à cette terre : les racines le trouveront au fil de leur développement. Deux précautions : il se mélange à la terre et ne doit jamais toucher directement les racines nues, et la dose est celle indiquée sur l'étiquette. Ce n'est pas un coup de fouet, mais une réserve pour les mois à venir.
Si votre terre est sableuse ou sèche vite en été, un amendement qui aide à retenir l'eau près des racines donnera un coup de pouce aux premiers étés, les plus délicats pour un jeune arbre.
Mettre l'arbre en place : la hauteur du point de greffe
Formez une petite butte de terre au fond du trou et posez-y l'arbre en étalant ses racines tout autour, sans les replier. Pour un arbre en conteneur, placez la motte de façon que son dessus arrive au niveau du sol.
Repérez ensuite le point de greffe : ce bourrelet sur le bas du tronc, là où la variété a été greffée sur le porte-greffe. Il doit rester au-dessus du niveau du sol, une fois la terre tassée. S'il est enterré, la variété greffée peut faire ses propres racines et prendre le dessus sur le porte-greffe : l'arbre perd alors la vigueur et la taille pour lesquelles vous l'aviez choisi. Le collet, lui, se place au niveau du sol, à la même hauteur qu'en pépinière.
Rebouchez avec la terre de plantation en secouant légèrement l'arbre, pour que la terre se glisse entre les racines. Tassez au pied avec les mains ou doucement avec le pied, sans piétiner. Formez une cuvette autour du tronc pour retenir l'eau, puis arrosez abondamment, même s'il pleut : cet arrosage de plombage chasse les poches d'air autour des racines. Nous détaillons les gestes de base de toute plantation d'automne dans notre guide pour aider ses plantes à surmonter un stress.
Le tuteur et l'attache
Un jeune arbre bien tenu reprend mieux : à chaque coup de vent, un arbre qui bouge arrache les fines racines qu'il est en train de former. Le tuteur, déjà en place, le maintient pendant ses premières années.
Attachez le tronc avec un lien souple, croisé en huit entre l'arbre et le tuteur, pour qu'ils ne frottent pas l'un contre l'autre. Évitez le fil de fer nu et les ficelles qui coupent l'écorce. Pensez surtout à contrôler l'attache chaque année et à la desserrer à mesure que le tronc grossit : une attache oubliée finit par étrangler l'arbre. Le tuteur se retire quand l'arbre est bien ancré et tient seul face au vent.
Les premiers mois après la plantation
La taille de plantation
Selon la forme achetée et l'espèce, une taille légère de plantation peut être conseillée pour équilibrer les branches et les racines. Elle dépend beaucoup de l'arbre : demandez conseil à votre pépiniériste au moment de l'achat, et, dans le doute, ne coupez rien d'important. Une taille ratée se rattrape plus difficilement qu'une taille remise à plus tard.
Pailler, protéger, arroser
Paillez le pied avec des feuilles mortes, de la paille ou du broyat, en laissant un espace libre autour du tronc : un paillis collé à l'écorce entretient l'humidité et peut la faire pourrir.
Protégez le tronc avec un manchon si des lapins ou des chevreuils passent dans votre jardin : un jeune tronc rongé ne s'en remet pas toujours.
Arrosez au premier printemps et au premier été si le temps est sec, en apportant beaucoup d'eau d'un coup plutôt qu'un peu tous les jours. Les jeunes plantations sont les premières à souffrir des étés secs, comme nous l'expliquons dans notre article sur les arbustes qui ont perdu leurs feuilles cet été.
Au moment où les bourgeons gonflent, au printemps, un biostimulant peut aussi accompagner la reprise de l'arbre, comme Breizh Bull, utilisé dilué en suivant son étiquette.
Au printemps suivant
À la plantation, l'arbre n'a pas besoin de plus que sa terre de plantation : un engrais rapide, à l'approche de l'hiver, ferait surtout pousser des rameaux tendres que le gel abîmerait. C'est au redémarrage de la végétation, au printemps, qu'un engrais organique polyvalent apporté au pied l'aide à démarrer sa croissance, à la dose indiquée sur l'étiquette.
Ce qui ne marche pas
Enterrer le point de greffe. La variété s'affranchit de son porte-greffe et l'arbre ne se comporte plus comme prévu.
Creuser un trou étroit dans une terre lourde. Les racines tournent en rond dans un trou aux parois tassées, où l'eau stagne l'hiver.
Mettre du fumier frais ou de l'engrais au contact des racines. Trop concentré, il les brûle au lieu de les nourrir.
Planter dans une terre gelée ou détrempée. La terre ne se glisse pas entre les racines, et elles restent entourées de poches d'air ou d'eau.
Poser le tuteur après coup. Enfoncé dans le trou rebouché, il blesse les racines qu'il devait protéger.
Coller le paillis contre le tronc. L'écorce reste humide et s'abîme.
Planter seul un arbre qui a besoin d'un pollinisateur. Il fleurit, mais donne peu ou pas de fruits.
En résumé
Un arbre fruitier se plante une fois pour toutes : soignez ce qui ne se rattrape pas.
Plantez pendant le repos végétatif, de préférence à l'automne, hors gel et hors terre détrempée.
Choisissez un emplacement ensoleillé où l'eau ne stagne pas, en tenant compte de la taille adulte de l'arbre et de sa pollinisation.
Creusez large, à l'avance, et plantez le tuteur avant l'arbre.
Gardez le point de greffe au-dessus du sol, puis arrosez abondamment.
Paillez, protégez le tronc et arrosez pendant les premiers étés.
Pour aller plus loin, découvrez nos solutions naturelles pour accompagner vos plantations et vos fruitiers, ainsi que de quoi préparer une bonne terre de plantation.
Questions fréquentes
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